mercredi 2 septembre 2015

petite pute

Il portait une culotte en vinyle rouge, des bottines à hauts talons et du khôl noir autour des yeux. Il a rampé, longtemps, tenu en laisse par une créature brune. Quand il s'est redressé, son dos s'ornait d'une inscription pourpre : PETITE PUTE.
Lorsque ses genoux réclamèrent grâce, il s'avachit dans la grande salle, celle où la musique pulsait ses décibels ondulatoires, un cercle de l'enfer avec ses faisceaux rouges tourbillonnants, sa barre de suspension tête en bas qui hâlait, un par un, les corps dans l'espace, les faisait virevolter et gémir sous les coups de martinet.
Ce "PETITE PUTE" me fixait droit dans les yeux, si tant est qu'on en ait dans le dos.
La tentation fut trop forte.
Je frottai mes pieds sur les lettres pour lentement les effacer. Le rouge coula sur la peau comme une femme qui pleurerait des larmes de sang.
Quand la créature brune nous rejoignit, je lui demandai :
- Oh, c'est toi qui l'avais écrit ?
Son brusque "oui" me dévoila sous l'ondée de ses cheveux bouclés un visage d'actrice italienne, un regard de lame entre des cils courbés et le pli cruel de sa bouche.
- Pardon d'avoir détruit ton ouvrage, alors.
Ses mains menues s'agitèrent en connivence.
- Aucune importance... Je suis sûre que tu peux réparer ce que tu viens de défaire.
Alors je me penchai en avant, contre ce soumis déchu de son titre si rudement gagné. Et là, presque à son l'oreille, je tonnai d'une voix claire "Petite pute de chantier".
La créature me décocha un large sourire. Elle et moi étions d'accord, sans un mot, sur deux points essentiels.
Le dommage était réparé.
Mon romantisme me perdra.

Scène tirée du festival Erosphère.
Photo Van der Vlugt.

5 commentaires:

  1. Réponses
    1. Bientôt, Mam'zelle ! J'aime quand tu m'appelles "garçon", j'ai l'impression d'avoir des couilles et d'être en plus à ton service. Double avantage ! Sinon, une planche de charcuterie emballée dans de l'alu pour moi.
      Poutous.

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    2. Et moi j'aime beaucoup quand tu dis petite pute de chantier.
      Poutous pareil.


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  2. Est-ce un texte de toi ? Il semble plus ramassé, plus dense et aussi moins fluide que d'autres ?
    Douloureux en tous cas !

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    1. Oui, oui, c'est bien de moi, et il se peut que ma plume soit quelque peu rouillée. Voilà longtemps que je n'avais pas écrit sur le blog... Douloureux, pas pour moi, je n'en dirais pas autant du monsieur qui fut utilisé par la belle femme au visage d'actrice italienne. Tout se mérite, finalement.
      Amitiés à toi.

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